mardi 19 mai 2015

Apesanteur


Garance Doré
Cannes. Ses films d'auteur, ses scénarios torturés et son marché du film sous tension avec producteurs à gros cigares et attachés de presse perchées sur talons de 12.

Cannes et son dress code sur tapis rouge et autour. Les shorts des touristes, les pilotis des jeunes filles en mal de hauteur.

Cannes et ses seins.

(la suite après le saut)

lundi 18 mai 2015

Photomathon

Jessica Vintage


Je voudrais comprendre ce qui passe par la tête des cadres de Photomaton quand ils décident, contre toute logique, de ne rien faire pour rendre leurs clients beaux en photos. Pis, on dirait que ça les amuse de  travailler sur des filtres enlaidissants.

J'imagine la réu de brainstorming :
- attendez les gars, on va prendre le contrepied d'Instagram et de ses filtres flottants façon BB Cream. C'est complètement démodé ce truc, dans 6 mois on n'en parlera plus. Nous on va frapper un grand coup avec notre nouveau filtre. Pensez cinéma d'auteur, les frère Dardenne, Lars Von Trier,
- ah ouais, les Ch'tis à Ibiza avant Ibiza, Dunkerque et Deneuve.
- C'est ça. Les gens en ont marre qu'on leur mente, ils veulent de la vérité. Notre nouveau filtre, c'est vous, c'est moi mais en plus vrai : je rajoute des rides, des cernes, je flotte le contour du visage pour le rendre bien saut du lit. Tout le monde va adorer, c'est le succès assuré.
- T'es trop fort, allez, on y va

(et le pire c'est qu'ils l'ont fait et qu'aujourd'hui, à travers la France, des gens heureux rentrent dans la cabine pour se faire tirer le portrait.
C'est pas rien ce portrait, il va orner 10 ans leur passeport, à vie leur permis de conduire, 3 ans leur carte de famille nombreuse, 15 ans leur carte d'identité. Le genre de photo qu'ils vont sortir de leur portefeuille 10 000 fois, qu'ils montreront à des tas de gens. Le genre qu'ils n'ont pas envie de louper. Ils regarderont le modèle de la fille canon du modèle, avec sa peau toute lisse et sa tête impassible nickel. Ils se diront qu'ils auront bientôt la même. Et après 5 minutes regarderont dépités leur trombine sur l'écran de contrôle en se disant qu'ils ont drôlement besoin de vacances, non ?)






mercredi 6 mai 2015

Pourquoi on commande du jus de tomate en avion




Il y a quelques semaines, un ami cher publiait une diatribe virtuose et énervée sur Facebook contre la consommation systématique de jus de tomates dans les avions, fléau des vols modernes selon cet esthète du goût.

Et voilà t'y pas que j'apprends au hasard d'Internet que tout cela est scientifique (oui et là aussi en français)

Figurez-vous qu'en vol, la pression et la sécheresse de l'air nous plongent dans un genre de désert du gout dont seule s'échappe l'umami, cette cinquième saveur (à côté du sucré, du salé, de l'amer et de l'acide) qu'affectionnent les Asiatiques, et dont est bourrée le jus de tomate.

Ceci expliquerait pourquoi un breuvage vaguement fadasse aussi sexy qu'un verre d'eau plate tiède revêt les habits glitter d'un élixir divin une fois emportés vers les nuages et l'atmosphère cotonneuse des grandes altitudes.

Pffiout je le savais que je passais à côté d'un truc sympa en arrêtant les sciences.

dimanche 3 mai 2015

A hauteur de 5 ans



Le t-shirt petit bateau qui boulotte sous le tutu
Le tutu pas net net au niveau du sommet du bidon, souvenir d'un dessin au feutre jaune sur un papier  vernis
Les jambes pâles d'un hiver passé sous collants croisées dans le fauteuil qui se balance doucement
Les cheveux emmêlés par la nuit
Les pieds nus avec du vernis à ongle bleu ciel
Des traces de paillettes chipées dans la trousse de maquillage au coin des yeux
Un serre tête doré
Le bout des doigts un peu verts, de la même couleur que la maison coloriée pas terminée sur la table du salon
et le regard dans le vague, posé sur les branches du cerisier où les pigeons viennent attraper la courante avec des fruits durs comme des cailloux

" Tu sais Adèle elle va se marier avec un garçon. Et ses enfants ils vont s'appeler Paillette, Arc en ciel, Bisou et Papillon"

Bonne semaine à tous !





lundi 27 avril 2015

Vis la vie de Kevin




J'ai toujours entendu dire que pour beaucoup d'hommes, rouler en Espace c'était l'équivalent du soutien gorge d'allaitement pour les femmes : un genre de compromis vaguement honteux au statut de parent.

Quand on est ado, planqué sous sa couette à rêver de ce jour où enfin on mènera la vie que l'on mérite, on s'imagine en Beyoncé ou e, Jay Z, powerful et libres.

Libre de sortir toute la nuit, libre de dépenser son argent comme on veut, libre de ne pas avoir d'obligations qu'on ne s'est pas choisis, pas de rôti du dimanche ni d'après-midis plombées par la révision d'un partiel sans intérêt, truffé de chiffres et de dates abracadabrantes qui ne nous servirons jamais jamais à 16 heures quand on boira du champagne à même la bouteille sur la plage du Papagayo.
Dans ce tableau, on s'imagine rouler en gros 4x4 ou en petite électrique, voire sans voiture du tout parce qu'à quoi bon, Uber c'est pas pour les chiens.

(la suite après le saut)

mercredi 22 avril 2015

Voyage retour





Les grues jaunes et bleues surveillent la rade et le soleil éclabousse les toits en tôles des hangars du port. 
Au Moulin Blanc les voiliers blancs sont alignés comme à la parade. Le regard embrasse une dernière fois l’immensité bleue avant de plonger dans le vert de la rivière et de se perdre dans l’écran du téléphone « C’est parti. Arrivée 18 heures 26 ».

A mesure que le train marque des arrêts dans les gares, le ballet des « je crois que vous êtes à ma place, on est bien voiture 15, ah non pardon excusez-moi » et des « si ça vous dérange pas ma place est à côté place 29, merci c’est sympa » est le seul bruit qui masque le ronronnement qui s’échappe des casques des passagers plongés dans leurs romans animés. 
Çà et les papiers alus qui dévoilent à mi parcours des crêpes au sucre et au chocolat. Car dans un train breton,  ça sent la fraise et les crêpes et on entend au loin les accents stridents d’une bombarde. Je me demande si dans leur vol en remontant d’Ajaccio les passagers mangent du brocciu à la petite cuillère en écoutant iMuvrini à fond dans leur casque ? 

A Rennes, une femme monte, installe sa valise en hauteur et revendique une place occupée, avant de réaliser qu’elle confond ses billets et que « non, attendez, je suis dans la voiture 6, oh la la mais c’est l’autre train » et de partir en courant, en laissant sa valise. 

(la suite après le saut)

lundi 20 avril 2015

Yvonne n'est pas à la fête



"S"il vous plait les enfants, tenez-vous bien, on la refait. Attention, souriez !"

Il fait chaud sous la lampe. Il fait chaud et elle a envie de faire pipi. Et son nœud dans les cheveux la gratte. Et puis d’abord le photographe lui fait peur. 
Alors elle ne dit rien, et elle attend, stoïque et malheureuse, que son calvaire prenne fin et qu’elle puisse enfin retirer ses souliers qui lui font mal, ce nœud ridicule et cette robe trop courte.

Yvonne a 4 ans. 

(…) la suite après le saut

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